Dans le contexte de l’épisode caniculaire...
Direction des personnels, des emplois, de la formation et de l’action sociale (DIPEFAS)
24 juin 2026
Dans le contexte de l’épisode caniculaire actuellement en cours, et en complément des consignes générales déjà portées par la direction générale des services, il paraît nécessaire de rappeler plusieurs points de vigilance médicale applicables au cadre professionnel.
La chaleur intense peut entraîner une déshydratation, un épuisement, des malaises, des troubles de la vigilance, des crampes, une aggravation de pathologies préexistantes et, dans les situations les plus graves, un coup de chaleur. Le risque est majoré lorsque l’exposition à la chaleur s’associe à un effort physique, à des déplacements répétés, à un travail en extérieur, à des locaux insuffisamment rafraîchis, au port d’équipements contraignants ou à une vulnérabilité médicale individuelle.
1. Catégories de personnels pour lesquelles une vigilance particulière est recommandée
Une attention particulière doit être portée aux agents présentant une vulnérabilité médicale ou une situation d’exposition accrue, notamment :
- Les agents atteints de pathologies cardiovasculaires, respiratoires, rénales, neurologiques, psychiatriques ou métaboliques, notamment le diabète ;
- Les agents sous traitements susceptibles d’interagir avec la chaleur ou la déshydratation : diurétiques, antihypertenseurs, anti-inflammatoires, psychotropes, certains traitements cardiaques, rénaux ou métaboliques ;
- Les femmes enceintes ;
- Les agents en situation de handicap ou présentant une limitation fonctionnelle ;
- Les agents avançant en âge ou présentant une fragilité particulière ;
- Les agents ayant des antécédents de malaise, de déshydratation, de coup de chaleur ou une tolérance réduite à la chaleur ;
- Les agents travaillant en extérieur, en locaux chauds ou mal ventilés, ou réalisant des efforts physiques ;
- Les agents exposés à des déplacements fréquents, au port de charges, au port d’équipements de protection individuelle, ou à des situations d’isolement au poste de travail.
Cette vigilance ne signifie pas une inaptitude au travail. Elle implique une évaluation individualisée du risque et, le cas échéant, des mesures temporaires d’adaptation.
2. Démarches possibles auprès du médecin du travail
Tout agent estimant que son état de santé peut être fragilisé par l’épisode de chaleur peut solliciter directement le service de médecine du travail. Cette démarche peut être réalisée à l’initiative de l’agent, sans avoir à détailler sa situation médicale auprès de son encadrement.
Le médecin du travail pourra, dans le respect du secret médical :
- Evaluer la compatibilité temporaire entre l’état de santé de l’agent et ses conditions de travail pendant l’épisode caniculaire ;
- Apprécier le niveau de risque lié au poste, aux déplacements, aux horaires, aux efforts physiques ou aux conditions thermiques ;
- Formuler, si nécessaire, des préconisations d’aménagement temporaire du poste ou de l’organisation du travail ;
- Orienter l’agent vers son médecin traitant ou spécialiste si un avis médical complémentaire paraît nécessaire ;
- Alerter l’employeur, sans divulguer d’éléments médicaux, sur la nécessité d’une adaptation de poste ou d’organisation.
Les agents concernés sont donc invités à ne pas attendre l’apparition de symptômes importants pour prendre contact avec la médecine du travail, en particulier en cas d’antécédent médical connu ou de traitement chronique.
3. Mesures d’adaptation ou de prévention pouvant être envisagées
Selon les situations individuelles et les contraintes de service, plusieurs mesures peuvent être envisagées, en complément des consignes générales déjà diffusées :
- Limitation ou report des tâches physiques aux heures les plus fraîches ;
- Adaptation temporaire des horaires ;
- Réduction des déplacements non indispensables ;
- Organisation de pauses supplémentaires dans un lieu frais ;
- Accès facilité à l’eau potable ;
- Limitation du travail isolé pour les agents exposés ;
- Affectation temporaire à des tâches moins exposées à la chaleur ;
- Report de certaines interventions extérieures ou techniques ;
- Adaptation du port de charges ou des efforts prolongés ;
- Vigilance accrue pour les agents travaillant dans des locaux insuffisamment ventilés ou exposés au soleil ;
- Recours à des lieux rafraîchis lorsque cela est possible ;
- Rappel des signes d’alerte : fatigue inhabituelle, vertiges, maux de tête, crampes, nausées, confusion, malaise, fièvre, troubles du comportement ou somnolence inhabituelle.
Ces mesures doivent être appréciées au cas par cas, en tenant compte à la fois de l’état de santé de l’agent, de la nature du poste, de l’exposition réelle à la chaleur et des nécessités de continuité du service.
4. Points d’attention pour les encadrants
Les encadrants ont un rôle important de prévention et de repérage. Il leur est recommandé :
- D’identifier les situations de travail les plus exposées à la chaleur ;
- D’être attentifs aux agents travaillant seuls, en extérieur, en déplacement ou dans des locaux chauds ;
- De favoriser les pauses, l’hydratation et l’accès à des espaces plus frais ;
- De reporter, lorsque cela est possible, les tâches physiques ou non urgentes ;
- De ne pas banaliser les signes de malaise ou de fatigue inhabituelle ;
- D’encourager les agents fragilisés à prendre contact avec la médecine du travail ;
- De ne pas demander de justification médicale détaillée aux agents ;
- De préserver la confidentialité des situations individuelles ;
- De signaler à la DRH et au médecin du travail les situations de travail qui semblent poser une difficulté particulière pendant l’épisode caniculaire.
En cas de malaise, de confusion, de perte de connaissance, de fièvre élevée ou de trouble du comportement, l’agent doit être mis immédiatement au repos dans un endroit frais, ne doit pas être laissé seul, et les secours doivent être contactés sans délai.
5. Modalités de signalement
Les situations individuelles ou collectives nécessitant une vigilance particulière peuvent être signalées :
- Par l’agent directement auprès du service de médecine du travail ;
- Par l’encadrant auprès de la DRH lorsqu’une situation de travail paraît difficilement compatible avec l’épisode de chaleur ;
- Par la DRH auprès du médecin du travail lorsqu’un avis sur l’adaptation des conditions de travail paraît nécessaire ;
- Par tout responsable de service lorsqu’un local, une activité ou une organisation expose plusieurs agents à un risque thermique accru.
Le signalement doit rester centré sur les conditions de travail et les difficultés observées. Les informations médicales personnelles relèvent exclusivement du médecin du travail et ne doivent pas être demandées ni diffusées dans la ligne hiérarchique.
Conclusion
L’épisode caniculaire actuel appelle une vigilance renforcée, non seulement au regard des consignes générales d’organisation du travail, mais également au regard des situations médicales individuelles et des postes particulièrement exposés.
L’objectif n’est pas de désorganiser les services, mais d’anticiper les situations à risque, d’éviter les malaises et décompensations, et de permettre des adaptations proportionnées, temporaires et médicalement justifiées lorsque cela est nécessaire.
Dr Durand-Chabrol, médecin du travail, Université Paris 8